les fantasmagories illusoires des élites sénégalaises

Le Sénégal semble sombrer dans une profonde dépression : une apathie irrépressible traverse le corps social. Est-il dés lors légitime de décréter la mort d’une espérance politique ?

 

A l’espoir lui succède une déprime. Et au motif de vouloir guérir le Sénégal des maux qui l’accablent, nos élites, ou plutôt ceux qui se définissent comme telles, apprennent à se guérir de ces maux, aidées dans cette entreprise par des intellectuels de parodie nombrilistes et une certaine presse devenue de vraies machines à décerveler. Pendant ce temps, le pays réel s’éloigne, ses préoccupations ne sont plus prises en charge. Il se crée un fossé entre ce peuple et ceux qui sont censés répondre à ses préoccupations. Nos élites ne comprennent plus rien à la vraie réalité que vivent le peuple, ou aux choses de la vie tout court. Résultat, certains sénégalais ne se reconnaissent plus dans leurs élites qui forniquent entre elles. D’autres, par contre, semblent se résigner à une espèce de conformisme qui façonne un Sénégal décérébré. La scène politique sénégalaise serait une orgie où après des accusations de détournements, de malversations et des emprisonnements, on est « lavé de tous soupçons » et on retrouve son lustre et sa place dans la débauche. Que de personnalités de l’opposition qui s’assoient sur tout principe et transgressent allégrement les frontières idéologique pour transhumer à la  recherche du vert pâturage.  Il est dés lors important de voir en quoi la politique mortifère de nos dinosaures modernes n’est plus en phase avec ceux qui disent oui à un autre Sénégal, ou oui tout court à la vie.  

 

L’autopsie de cette espérance politique montre un réel décalage, toujours plus grand, entre cette classe politique et les sénégalais. Ce qui prouve qu’Il y’a bien un excès qui doit dé-saturer mais aucune structure matérielle objective qui puisse donner forme à la débâcle. L’opinion publique, dans sa majorité, ne croît plus en la politique telle qu’elle se fait au Sénégal.  Elle est, dans sa forme épurée, réduite au monopole de la représentation et à la célébration de l’affrontement pour la jouissance qu’il procure : intimidation, bastonnade, agression, meurtre, etc. Ce qui est une sorte de feu d’artifice de la dénégation du conflit, une attaque contre l’altérité et donc contre la démocratie. Or, une démocratie se mesure à ses différences internes et non à la duplicité des eternels Judas en gésine. Mais en enterrant la contestation, en faisant la jointure, le pont entre toutes les répressions, la démocratie est enterrée.

 

Ceux qu’on appelle d’ailleurs, sans une pointe d’amertume, nos élites politiques sont passées maîtres de la petite fripouillerie politique, sont devenus des virtuoses du parjure, des rompus à tous les bas stratagèmes en édifiant une pyramide d’abjurations sur laquelle elles se sont haussées vers le pouvoir et l’argent : tant que la pauvreté, le dénuement, la cherté de la vie est ressentie par d’autres mais pas mon clan et moi et moi même, tant mieux alors. Voilà le principe sacro-saint qui guide cette prétendue classe politique sénégalaise aujourd’hui. Avec une telle manière de penser, de percevoir la réalité du quotidien de la plupart des sénégalais, il est légitime de clamer : A bas les idéologies !! A bas les débats d’idées ! A bas l’identification à une communauté unie et un intérêt commun ! A bas la fidélité à des principes (d’ailleurs la fidélité n’engage que ceux qui y croient !!). Et vive la course effrénée vers l’intérêt égoïste. Vive toutes formes de courbettes pourvu que je puisse m’attirer les faveurs du prince. Est-ce cela la politique ? Au vu du dénuement extrême de la majorité des sénégalais il semblerait que non, mais oui si on se réfère à l’aisance insolente et « méritée » dans laquelle certaines familles ou proches de politiques pataugent. Dans Le Sénégal d’aujourd’hui, vaut mieux être le fils du frère de la sœur de tel politique qu’un citoyen lambda sans connexion aucune avec le cercle des initiés.

 

Le comble de l’ironie est constaté dans la forme d’allégeance de ces nouveaux politiques convertis, de pseudo-intellectuels et journalistes précaires, quand on observe leur état de soumission pathétique. Ils ne croient pas en grand-chose si on se réfère à leur cérémonial de soumission pour désarmer l’agressivité des vieux mâles de la politique irrités. Comme chez les animaux, ils se mettent sur le dos et urinent, montrant leur peur et s’avouant vaincus d’avance. Leur solennelle apostasie, plus qu’une conversion d’idées, est un rituel de soumission. Et notre génération de petits politiciens fait pipi sur le dos ou lèche les pieds du mâle, du patriarche de la politique. Le reniement, au fond, est une initiation, une accession honteuse au monde de l’adulteité, par renonciation à l’opposition, à la révolte. Que d’exemples dans nos institutions. Comme la plupart de l’opinion publique sénégalaise, nos élites politiques me répugne d’instinct. Elles ne sont rien de plus qu’un bloc coagulé de déceptions et de copinages, au niveau officiellement certifié d’inculture. Et pour cacher cette inculture, ces lionceaux de la politique, ces scribouilleurs branchés du prince se livrent à un cabotinage médiatique non moins pathétique et affligeant, juste histoire de voir qui aura l’onction du vieux mâle grabataire. 

 

Malheur nous est pris, quand nous constatons impuissants que cette classe politique dans son ensemble, malgré les apparences d’oppositions, est homogène et une fois sortie de la scène, hors des caméras, se retrouve, quelque soit le bord politique, pour pinailler sur le cirque, la comédie à livrer prochainement à l’opinion cocufiée qu’elle est. Ce faisant, on pourrait aisément comprendre à quel degré de médiocrité intellectuelle et d’imposture morale est parvenu le Sénégal sous la conduite de ses élites autoproclamées soucieuses de jeter un voile pudique de falsification sur les maux qui gangrènent tout le corps social.

 Le Sénégal n’est pas un Dahra. Le souci de la recherche de solutions ponctuelles au gré des problèmes (émeutes de la faim = GOANA) a pour conséquence une saturation par l’immédiat de la société et a du mal à inscrire dans la durée les « mesurettes » et réformettes  proposées. Une telle démarche n’a qu’un seul objectif : le souci de désarmer à coup de flou et de mou le grouillement social et endiguer toute velléité de révolte. Cette soumission de l’opinion, à chaque fois qu’elle est grugée, est rendue possible par nos demi-soldes que sont certains intellectuels, professeurs de fac, médias qui ne jouent plus ce rôle d’éveilleurs de conscience, de garde-fou contre les dérives multiformes des élites politiques. Obnubilés qu’ils sont par leur propre jouissance individuelle, ils préfèrent sacrifier l’opinion publique sénégalaise au profit d’un certain égotisme. Pendant ce temps, le peuple est gardé à l’égard de cette sorte d’érotisme social entre les parvenus de la république et à chaque fois qu’il veut s’approcher pour voir ce qui se  passe, on l’écarte gentiment en lui servant un nuage de fumée, des informations qui l’empêche de prendre réellement conscience de la manière dont elle est grugée et continue de l’être.  

Prochainement nous analyserons le comportement labile de cette Intelligentsia sénégalaise qui à troquer ses habits de meneurs à la défroque de suiveurs.

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