Les dynamiques multi-acteurs autour de la gouvernance de l’eau

L’action publique tend aujourd’hui à se complexifier, notamment à travers un élargissement du spectre des acteurs impliqués. La gouvernance est devenue multi acteurs. Elle est tout d’abord marquée par une diversité des acteurs publics.

Depuis les politiques de décentralisation, les structures déconcentrées de l’Etat doivent composer avec les collectivités locales élues. Parallèlement, de nombreux acteurs non-étatiques ont émergé, dans le contexte de démocratisation. L’élection des collectivités au suffrage universel a favorisé la création d’un champ politique local autour d’une compétition pluraliste. Les partis politiques tendent à s’implanter au niveau local et à participer à l’action publique. Les acteurs à la base s’organisent autour d’associations ou de comités de gestion censés défendre les intérêts des usagers. Des acteurs plus « traditionnels » de l’espace public demeurent présents (notables et responsables politiques locaux). Ces acteurs non-étatiques, multiples, tendent à être plus impliqués dans la définition, la mise en œuvre et le contrôle des politiques.

Dés lors, la gestion participative, dans ce contexte de décentralisation, devient un construit qui va mettre en jeu une diversité de structures et d’acteurs dont les comportements et les stratégies sont multiples. Différentes échelles (étatique, intercommunale, locale, etc) sont tenues d’interagir, créant une situation complexe qui transforme la gestion participative de l’eau, à défaut de régulation et d’arrangements, en une constellation assez composite d’intérêts divergents, de logiques stratégiques. D’où les questionnements suivants qui vont structurer notre démarche : les acteurs de l’eau, compte tenu de leurs intérêts pas nécessairement compatibles, peuvent-ils se mobiliser autour d’un enjeu commun, construire une action collective négociée ou concertée ? L’eau peut-elle se marier avec une action collective ?

Ce nouveau mode de gestion, appelé gestion participative de l’eau, implique tous les acteurs concernés. Il s’appuie sur des dynamiques de concertations censées faciliter le processus démocratique de décision. La multiplication des acteurs impliqués dans les procédures de gestion remet en question une représentation binaire du privé et du public et pose avec acuité le problème de la coordination, de la régulation socio-politique des actions engagées par les différents partenaires. Beaucoup d’évaluations rétrospectives sur cette gestion participative remettent en cause la capacité des associations d’usagers à qui on exige de plus en plus d’être à la fois consommateurs, usagers, citoyens, etc… De cette remise en cause émergent des interrogations sur l’efficacité, la viabilité du mode gestion participative et de la gouvernance locale de l’eau.

A travers des études de cas sur l’implantation des adductions d’eau potable en milieu rural au Sénégal, nous avons cherché à comprendre l’échec de cette opération de changement à partir de son cheminement pour saisir ce dont elle est réellement porteuse. Pour analyser cette variation (entre les objectifs visés et les résultats atteints), nous avons procédé à une comparaison de la gestion réelle du service de l’eau dans les cas choisis ainsi que les controverses qui ont précédé l’implantation des adductions d’eau potable.

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