ENJEUX DE PARTENARIAT DANS LA GOUVERNANCE DES SERVICES URBAINS LOCAUX DE L’EAU : Entre arrangements pratiques, ségrégations socio-spatiales et stratégies de contournements institutionnels

Aujourd’hui, la problématique-Eau a accédé au rang de question mondiale. Elle est devenue un sujet de préoccupation majeure qui, du point de vue de ses impacts, transcende le local et le cadre des espaces nationaux pour s’ériger en un problème planétaire. Son accès demeure un enjeu économique et géopolitique surtout dans les grandes villes des pays en développement où, selon les projections, au cours des trois prochaines décennies, leur population s’accroitra de 60 millions d’individus par an.

Entre 1950 et 1970, alors que démarre l’urbanisation dans la plupart des pays en développement, les municipalités ont joué un rôle direct dans la distribution d’eau. Mais confrontées à des déficits chroniques, les Institutions financières internationales les ont incitées à rétrocéder le service d’eau à des entreprises privées. Et plus tard on va assister à une présence de plus en plus croissante des ONG comme des « organismes d’intermédiation ».

L’eau est un objet complexe parce que transversal. Elle est à la fois un bien social, économique et environnemental. Ces 3 dimensions correspondent à la définition du développement durable qui doit être au cœur de toute stratégie gestionnaire. Mais force est de reconnaître aussi que L’équilibre de ces 3 dimensions est difficile.

Le local devrait être au cœur du système de gouvernance. Aucune politique de l’eau ne peut être efficace sans une répartition claire des responsabilités entre autorités publiques, opérateurs de services, usagers, bailleurs de fonds.

Au Sénégal, l’ « échec social » de l’Etat a poussé les IFIs à instaurer un schéma de gouvernance multi-acteurs (voir graphique ci-dessus). Le modèle de partenariat (public/privés/ONG/associations d’usagers) mis en place au Sénégal pour gérer le service de l’eau, ne correspond pas à proprement parler à une décentralisation, puisque ce ne sont pas des entités administratives ni des institutions politiques locales qui reçoivent la délégation de gestion. Le modèle de gestion déléguée mise en place repose sur un principe de participation et de responsabilisation des populations, à la fois, dans la gestion du réseau et dans son financement. Le paiement de l’eau est censé assurer la pérennité du service en recouvrant les coûts de fonctionnement, de maintenance et de renouvellement des installations. On peut donc penser qu’il pourrait y avoir une certaine concurrence entre associations d’usagers et collectivités locales pour le contrôle des fonds dégagés ; entre privés et publics pour une régulation démocratique ou marchande ; une concurrence accrue entre ONG auxquelles les IFIs font de plus en plus appel comme agence d’exécution des projets et les institutions publiques nationales qui sont davantage contournés.

Ce rôle et cette présence croissants des ONG dans la nouvelle gouvernance des services urbains de l’eau sont rendus possibles par un certain nombre de facteurs : la non transparence, la corruption et le clientélisme qui prennent des proportions sans cesse croissantes. La prégnance de ces facteurs rend la plupart des pouvoirs publics des pays en développement incapables d’assurer l’accès aux services essentiels des populations. Face à cet « échec social » des Etats, les IFIs vont inventer des stratégies qui consistent à recourir aux services des ONG pour la mise en œuvre, la réalisation d’infrastructures, de programmes dans ces pays en développement. Une question de recherche se dégage : cette reconfiguration institutionnelle des services urbains de l’eau qui se complexifie sans cesse relève t-elle de changements profonds ou s’agit-elle tout simplement de ce que Michel de Certeau appelle des « arts de faire » de la part des IFIs?


Michel de Certeau : « l’invention du quotidien. 1/Arts de faire ». Ed. Gallimard, Paris, 1990


Banque Mondiale : « Développement durable dans un monde dynamique. Améliorer les institutions, la croissance et la qualité de vie ». Rapport sur le développement dans le monde. Ed. ESKA, 2003, 291p

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