Richard E. Tremblay : « Prévenir la violence dès la petite enfance ». Éditions Odile Jacob, Mars 2008, 269 pages

violence248Richard Ernest Tremblay est professeur de pédiatrie/psychiatrie/psychologie, directeur du Groupe de Recherche sur l’Inadaptation Psychosociale chez l’enfant (GRIP) de l’université de Montréal. Depuis 1982, il mène des recherches longitudinales et expérimentales sur le développement psychique, cognitif, émotionnel et social depuis la conception jusqu’à l’âge adulte.

Ce livre, qui a reçu le prix René-Joseph Laufer de l’académie des sciences morales et politiques de France, porte sur les comportements d’agression physique et leur prévention. Son objectif principal est de faire la synthèse des connaissances sur les origines, le développement et la prévention de l’agression chronique.

« Il sera dit d’un individu qu’il a un problème d’agression physique chronique si, sur une durée, il commet beaucoup plus d’agressions physiques que la majorité des gens de son âge ».

Cet ouvrage ébranle certaines de nos conceptions sur la violence et sur les comportements d’agression physique chez les jeunes. Des conceptions, faut-il le rappeler, ont été et continuent de constituer le socle qui donne corps à nos interventions dans le domaine de la violence chez les jeunes.

Conception 1 : « La violence physique est en augmentation dans nos sociétés occidentales actuelles».

Conception 2 : « Les enfants apprennent à recourir à l’agression physique par l’entremise des médias laisse-t-on entendre le plus souvent».

D’abord, en partant de l’analyse de la fréquence des homicides depuis le XVe siècle, Richard E. Tremblay en arrive à la conclusion que la violence physique, contrairement à ce qu’on pourrait penser, a diminuée. Par conséquent, notre société actuelle n’est donc pas plus violente que les sociétés passées.

Ensuite, en se basant sur une étude épidémiologique de l’université de Columbia qui, pendant 25 ans a suivi 707 enfants de l’État de New York pour voir le lien entre l’agression physique et la télévision, montre que la fréquence de la consommation de la télévision n’est pas associée à la probabilité de commettre une agression; que les jeunes n’apprennent pas à agresser à cause de la télé mais que celle-ci peut nuire à l’apprentissage naturel du contrôle de soi qui se fait avec l’âge. Mieux encore, cette étude révèle une diminution de la fréquence des comportements d’agression avec l’âge même si les facteurs de risques incluant les médias sont réunis.

S’appuyant sur les conclusions de recherches scientifiques anglo-saxonnes, il avance cet argumentaire : les enfants n’apprennent pas à utiliser l’agression physique durant leurs années d’école primaire. Au contraire, entre le primaire et le secondaire, la fréquence diminue. Donc, la plupart qui l’utilise, durant leurs années d’école primaire, l’utilisait déjà avant, c’est-à-dire, durant la petite enfance. Et les études sur la petite enfance vont apporter de l’eau à son moulin en prouvant que la majorité des enfants ont recours à l’agression physique avant d’atteindre l’âge de 24 mois. Les enfants utilisent spontanément l’agression physique à partir de la fin de la 1ere année, (agression physique qu’on pourrait qualifier de « normale » puisqu’universelle). Cependant, pour la majorité, la fréquence de cette agression physique diminue après la 3e année, au fur et à mesure qu’ils apprennent des conduites alternatives. Par contre, si ces comportements agressifs persistent dans le temps et dans leur fréquence on parle alors d’agressivité chronique ou trouble de conduites.

Pour recevoir le diagnostic de « trouble de conduite », un enfant doit avoir moins de 18 ans et avoir commis les gestes suivants de façon répétée au cours des 12 derniers mois, dont un au moins depuis 6 mois : agression physique, vandalisme, vol et fraude, école buissonnière et fugue »

Ce faisant, il va axer ses recherches sur les facteurs étiopathogéniques dans le développement de la violence en général, aux facteurs de risques pendant la grossesse (interactions gêne-environnement), aux facteurs familiaux et environnementaux menant sur une trajectoire d’agression physique chronique.

Après avoir posé son diagnostic, il dégage quelques voies d’action :

–               Par des interventions préventives, dès la petite enfance, axées sur le soutien aux parents et aux enfants depuis la grossesse jusqu’au début de l’école primaire.

–               Développer des mécanismes d’apprentissage d’alternatives à l’agressivité physique (le développement du langage, la douleur, la violence fictive, etc.)

L’ouvrage de Richard E. Tremblay démontre l’importance d’intervenir tôt dans la vie d’un enfant, voire pendant la grossesse pour prévenir les problèmes d’agression à l’adolescence et à l’âge adulte. Par contre, l’idée de dépister les enfants anormalement violents dès 3 ans suscite beaucoup de débats et controverses aujourd’hui entre psychologues, éducateurs, intervenants, pédopsychiatres, psychothérapeutes, etc. qui tiennent autant d’arguments scientifiques et éthiques qu’à la culture des différents protagonistes. Nous y reviendrons certainement dans le prochain numéro.

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