Désamorcer la bombe hydraulique dakaroise: Limites d’une réforme sous influence du “New Public Management”

Dakar, 12 septembre 2013, une avarie survenue dans une usine de la société des eaux a entrainé des défaillances de la conduite d’eau du Lac de Guiers qui participe à hauteur de 40% de l’alimentation en eau de la capitale sénégalaise. Les fuites répétitives qui en résultent ont conduit à son arrêt. Trois semaines durant, les dakarois vont être confrontés à une pénurie d’eau sans précédent depuis l’indépendance aux effet pervers multiples.. En l’absence de solutions, comme toujours, le caractère suprasocial de cette panne fût soulevé et comme toujours, l’appel à un « garant métasocial » fût même, au sommet de l’État, évoqué pour régler ce problème temporel.  Cette crise de la distribution de l’eau potable, tout en contraignant le président de la république à écourter son séjour à l’assemblée générale des Nations-Unies à New York, à créer un « contexte de micromobilisation », permettant aux dakarois de se mettre en phase sur les mêmes vibrations affectives et émotionnelle. Les stratégies compensatoires (factures d’eau gratuites pour le mois de septembre, distribution de l’eau par des camions-citernes, etc.) des autorités politiques n’ont pas réussi à calmer la colère des dakarois et les errements dans la communication, les justifications pour le moins fiables et en grande partie contradictoires entre les différents acteurs du secteur (État, société de patrimoine, société privée) ont servi de terreau fertile au déclenchement des émeutes de l’eau. Peu importe les incantations médiatiques des hommes politiques ou religieux, Dakar s’embrase, les habitants de certains quartiers privés d’eau sont à l’origine d’opérations « escargot » avec un effet boule de neige.. Les acteurs du secteur ainsi que les associations de consommateurs s’accordent sur l’idée d’un audit technique pour situer les responsabilités. Si les consommateurs attendent d’être dédommagés par la gratuité des factures des mois de septembre-Octobre, l’hypocrisie a tenu lieu de morale pour certains politiques ou partis,  une. question fondamentale mérite cependant d’être posée : Est-ce que l’architecture institutionnelle et le modèle de financement des services d’eau, à travers cette longue pénurie mais la suite logique de pénuries répétitives depuis 6 ans, n’ont pas atteints leurs limites ?

L’objectif général de cet article est de montrer que le modèle de partenariat public-privé dans les services urbains d’eau au Sénégal s’essouffle et que des transformations profondes doivent s’opérer pour « désamorcer la bombe hydraulique » (Barah, 2007) dakaroise.

Après une présentation des éléments du contexte (I) et une esquisse des enjeux et modalités du partenariat public-privé dans les services d’eau en milieu urbain au Sénégal (II) nous analyserons, au regard de ces différents enjeux, les échecs et succès du modèle de partenariat public-privé dans la fourniture d’eau potable à Dakar.

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